Presse : La Maréchale et le libertin - Compagnie Théorème de Planck
 
La Maréchale et le libertin > Articles de presse [ Fiche du spectacle ]
 
La Belle mère  

 

 

La Terrasse

Le dialogue initial, composé par Diderot, met en scène un philosophe athée venu rendre visite à un homme chez lequel il ne trouve que sa femme, la dévote maréchale, avec laquelle il entame une conversation sur la religion. Sous la plume d’Alain Guyard, le monologue initial, qui voyait triompher le libre penseur ennemi des superstitions, cède la place à une authentique dispute, dans laquelle la maréchale « devenue cynique, hédoniste, ambigüe, transforme le libertinage en grand art, ironie, dissimulation sensuelle des âmes plus encore qu’offrande facile des corps ». Le philosophe se voit ainsi remis en cause dans ses certitudes et ses utopies par une interlocutrice « divine et décadente », non plus faire-valoir médiocre et insipide, mais bretteuse intelligente et brillante. Ce spectacle se veut un « hommage en forme de griffe aux Lumières », où « la joute tourne à un hymne à la vie ».

La Terrasse

Sûr de ses arguments philosophiques, droit dans ses bottes d'athée, Diderot attaque de front cette maréchale qui semble ne se nourrir que de la lecture de la Bible, entre fauteuil et prie-dieu, ponctuant ses phrases de force signes de croix. Il ne va pas tarder à déchanter, elle n'est pas la bigote inculte qu'il croit, elle raisonne et plutôt bien. Le philosophe cherche à se raccrocher à ses certitudes rationalistes, il croit la choquer à l'évocation de sa vie de libertin. La maréchale, adepte d'un hédonisme désabusé, se montre beaucoup plus libre que lui.

L'Entretien d'un philosophe avec la maréchale de *** est ici passé au crible d'une réécriture subversive. Là où Diderot se donnait le beau rôle en réduisant la maréchale à un personnage falot, Alain Guyard la fait cultivée, experte en dialectique et en félicité. Son compère à la mise en scène, François Bourcier, rend cet échange philosophique joyeux et vivant. Le mobilier Louis XV de ce salon-chapelle baigné de lumière est réagencé de scène en scène, une manière de concrétiser le changement de point de vue. La musique de Rameau et des airs de Mozart rythment encore la discussion. De même que les mouvements d'un énigmatique troisième personnage, longue silhouette noire. N'est-elle que la servante de la maréchale, le fantasme du philosophe?

Diderot finit par rendre les armes, vaincu par une maréchale contemporaine qui troque le vertugadin contre un jean... Anachronisme revendiqué pour une leçon de philosophie revigorante.